La question revient de plus en plus souvent dans les messages avant réservation : « Est-il possible de recharger une voiture électrique ? ». Pour un propriétaire, elle est inconfortable, parce que la réponse honnête est rarement un oui franc. Entre une prise de garage, une borne installée dans les règles et un parking de copropriété, les situations n’ont rien à voir, ni en coût ni en responsabilité.
Voici de quoi décider en connaissance de cause, et surtout de quoi répondre correctement à cette question dans votre annonce.
Aucune obligation d’équiper, et c’est important de le savoir
Un logement existant n’a aucune obligation d’être équipé d’un point de recharge. L’obligation d’installer des bornes dans les parcs de stationnement existants ne vise que les bâtiments non résidentiels de plus de vingt emplacements, avec une échéance fixée au 1er janvier 2025 et des exclusions, notamment pour les parcs possédés et occupés par de petites et moyennes entreprises.
Pour le résidentiel existant, rien de tel : ni seuil, ni échéance, ni obligation. Les règles de pré-équipement portent sur le neuf et sur les rénovations importantes, définies comme des travaux dont le coût atteint au moins le quart de la valeur du bâtiment hors foncier.
Donc installer une borne dans un meublé de tourisme est un choix commercial, pas une mise en conformité. C’est une bonne nouvelle : cela permet de raisonner en retour sur investissement plutôt qu’en contrainte.
Le droit à la prise ne joue pas en votre faveur
C’est le point le plus mal compris. Le droit à la prise, prévu par le code de la construction et de l’habitation, permet d’imposer l’installation d’un équipement de recharge sur une place de stationnement sécurisée à usage privatif. Mais il est reconnu au locataire et à l’occupant de bonne foi, et aux copropriétaires lorsqu’ils sont occupants.
Un propriétaire bailleur non occupant, ce qui est la situation de la plupart des loueurs de meublés, n’est pas désigné par le texte comme titulaire de ce droit : il est au contraire celui qui ne peut pas s’y opposer sans motif sérieux et légitime. Le texte réglementaire paraît plus large que la loi sur ce point et la question n’est pas tranchée clairement, ce qui est une raison de plus de passer par l’assemblée générale plutôt que de s’appuyer sur ce fondement.
Pour mémoire, quand le droit à la prise s’applique, la procédure est encadrée : notification au propriétaire avec copie au syndic, description des travaux, plan technique et schéma de raccordement ; transmission au syndic sous un mois ; opposition possible du syndicat devant le président du tribunal judiciaire dans un délai de trois mois à peine de forclusion ; notification au demandeur dans les quinze jours. Les travaux peuvent avancer si rien n’a été notifié dans ce délai.

Les aides : à peu près aucune pour ce cas
Autant le dire sans détour. Le crédit d’impôt pour l’installation d’un système de charge n’existe plus pour les dépenses postérieures au 31 décembre 2025, et il n’avait de toute façon jamais concerné ce cas : la doctrine fiscale excluait expressément le propriétaire affectant sa résidence secondaire à la location, même saisonnière, la condition étant de s’en réserver la jouissance exclusive.
Quant au programme Advenir, il s’adresse aux particuliers en copropriété, aux bailleurs sociaux, aux collectivités et aux flottes de poids lourds, et il exclut explicitement les points de recharge en logement individuel de type pavillon. Les hébergements touristiques n’y sont pas traités. Un meublé situé en copropriété pourrait éventuellement relever de la catégorie des particuliers en copropriété, mais aucune source officielle ne le confirme : à vérifier au cas par cas avant de compter dessus.
Conclusion : l’installation se finance sur fonds propres, et doit donc se justifier par le surcroît de réservations, comme n’importe quel équipement différenciant.
La question de la refacturation
Beaucoup de propriétaires veulent refacturer l’électricité consommée. Le cadre général est le suivant : les opérateurs de recharge qui s’approvisionnent auprès de fournisseurs autorisés ne sont pas regardés comme vendant de l’électricité, leur activité étant une prestation de service. Par ailleurs, les compteurs utilisés pour une transaction commerciale relèvent du contrôle métrologique, et une décision de 2022 encadre spécifiquement les compteurs intégrés aux bornes de recharge.
Ce qu’aucune source officielle ne tranche, c’est le cas précis d’un loueur de meublé qui refacture la recharge à ses voyageurs : ni la qualification de son activité, ni l’applicabilité du contrôle métrologique à un simple sous-comptage domestique. En pratique, la solution la plus simple reste d’inclure la recharge dans le prix du séjour, ou de la plafonner, plutôt que de facturer au kilowattheure.
Les trois réponses possibles dans une annonce
La première, la plus honnête quand rien n’est installé : « pas de recharge sur place », en indiquant la borne publique la plus proche et son temps de marche. Beaucoup de voyageurs s’en contentent parfaitement.
La deuxième, la plus fréquente : une prise renforcée dans un garage privatif, qui permet une recharge lente pendant la nuit. Elle doit être présentée comme telle, avec sa puissance, et jamais comme une borne. Une prise domestique ordinaire sollicitée plusieurs heures d’affilée n’est pas un équipement anodin : faites vérifier l’installation plutôt que de laisser un voyageur brancher un câble sur une rallonge.
La troisième : une vraie borne murale installée par un professionnel qualifié. C’est l’option qui se valorise dans l’annonce, et celle qui justifie d’en parler dans la rédaction de votre annonce, au même titre que le débit internet.
Dans tous les cas, la consigne d’usage a sa place dans le livret d’accueil : où brancher, quelle puissance, quoi ne pas faire. C’est aussi ce qui évite l’appel du dimanche soir quand le disjoncteur a sauté, un classique des imprévus de location.
Faut-il s’y mettre maintenant ?
Sur la côte basque, la clientèle électrique progresse surtout chez les voyageurs venus de loin en voiture, donc sur les séjours longs et hors saison, ceux-là mêmes qu’on cherche à capter. L’équipement n’est pas encore discriminant en plein été, où le logement se remplit de toute façon, mais il commence à l’être en avril ou en octobre.
Pour un bien à Bidart ou Arbonne avec un garage ou une place privative, c’est un arbitrage qui mérite d’être posé. Parlons-en ou regardez nos formules.
Questions fréquentes
Un meublé de tourisme doit-il proposer une borne de recharge ?
Non. Aucune obligation ne pèse sur le résidentiel existant. L’obligation d’équiper les parcs existants ne concerne que les bâtiments non résidentiels de plus de vingt emplacements, depuis le 1er janvier 2025, avec des exclusions. Installer une borne dans une location est donc un choix commercial.
Un propriétaire bailleur peut-il invoquer le droit à la prise en copropriété ?
Le texte réserve ce droit au locataire, à l’occupant de bonne foi et aux copropriétaires lorsqu’ils sont occupants. Un bailleur non occupant n’y figure pas : il est la personne qui ne peut s’y opposer sans motif sérieux et légitime. La disposition réglementaire paraît plus large, mais la question n’est pas tranchée.
Existe-t-il une aide pour installer une borne dans une location saisonnière ?
En pratique, non. Le crédit d’impôt a pris fin pour les dépenses postérieures au 31 décembre 2025 et excluait déjà la résidence secondaire mise en location, même saisonnière. Le programme Advenir exclut le logement individuel de type pavillon et ne traite pas des hébergements touristiques.
Peut-on refacturer l’électricité de la recharge aux voyageurs ?
Aucune source officielle ne traite ce cas précis, ni sur la qualification de l’activité ni sur le contrôle métrologique d’un sous-comptage domestique. La voie la plus simple consiste à inclure la recharge dans le prix du séjour ou à la plafonner, plutôt qu’à facturer au kilowattheure.
Une simple prise de garage suffit-elle ?
Elle permet une recharge lente, utile sur un séjour de plusieurs nuits, à condition de l’annoncer comme une prise et non comme une borne, d’en indiquer la puissance et d’avoir fait vérifier l’installation. Une prise ordinaire sollicitée plusieurs heures d’affilée demande une installation en bon état.


